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Difficult friendships between film directors and cinematographers

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The injustice of the film world
Raoul Coutard Film-maker
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If you had to give advice to a boy or a girl who wants to become a cinematographer, what would you tell them? Well first of all, if- I've been asked this a few times, because once in a while I go give talks- There's somewhere where I give a talk in a- All of sudden I can't remember what the school is called- Which is a school in the North of Paris. I go there every year. I go there every year around the same time; it's usually in March. And last time I told them- Listen I am fed up of coming when it's freezing, I'll end up getting bronchitis one day because of coming here- I would like you to call me when it's- In the spring. So they'll call me in the spring this year. And so the first thing- so which advice? So the first thing, you need to learn about injustice. Because we live in a completely unfair world. I mean- so explanation. I always tell a story that I read in one of Larteguy's books- I think it was "No peace on earth". Where there was the story of a journalist who arrives, he gives his paper to the editor-in-chief, the guy reads the paper, he rips it up- It's really bad, you are joking, go rewrite it. So he rewrites his paper, he comes back. It's impossible; you don't know how to write anymore, it's crap. Hurry up because we're putting this to bed tomorrow morning. So the guy brings his paper back, he says- Well that's good. But it's the first one I gave you. It's to teach what injustice is. It's nice, it's very very nice. That's it, so what's injustice? Because first of all, I'm an example of injustice- If I hadn't met Godard I wouldn't be where I am today? True or false? It's true. Well it's true only to a certain extent. You don't know that. Neither do you. Yes, well practically. Because it isn't with my brilliant exploits in "Ramuntcho" and "Island Fisherman" that- Yes but you also know that this business is full of chance meetings. Yes yes, it's made of chance. All I am saying, I mean it's exactly like the big hallway in "Alphaville" where Eddy Constantine pushes all the doors in search of Anna- I mean at one point you have to push the doors and go in. I mean, sometimes it may lead to nothing, in the same way as it can lead to something else. Like Cocteau said- There are some people who go from Paris to Nice by train, they're bored for the whole trip, whereas for other it's heaven. Well, so we have to try to make it heaven, but that's not easy. I mean injustice is- Why did they let me push the door that lead to nothing. Well no but it's not that, it's called chance. It's true that when we do things it isn't only chance, you also have to push the little bit of luck and think- Well Jean-Luc- Well I think that if he had asked Decae to do that, it would probably- he wouldn't have wanted to do it. Or he would have done like in the story I was telling with Storaro who absolutely wanted to have light in a small van. Well. But you make a film, I mean whether it's the take or the thing- First of all you can't only do one, you have to do a few films, because otherwise- If you only do one- So you can be part of the society of- the film director's union where you say- I'm a film director even if we didn't do it- All you have to do is pay the subscription. But you make a film, and however good it is, however much it is appreciated by all of the profession. You have a completely unpredictable judge, which is the public, which knows nothing about cinema. He can tell you- You're film is shit, and then you are staggered- And that's still injustice. And if on the other hand, if you're an average guy and you make a film that's a complete success, you'll definitely get stuck repeating your average performance. So afterwards if you're only average you have get your arse in gear to become, not the best, but one of the best. But I mean it's still an injustice- Why a guy- It's like if we had a barrel of good wine and we don't know if we're going to open it or not, we don't know- So then you have to get into it, that's it's really very complicated to do cinema. I think it's very complicated. That's when I find that it's unfair, because it isn't based on the quality of the people.
Si tu devais donner des conseils à un garçon, à une fille qui veulent être chef opérateur, qu'est-ce que tu leur dirais ? Alors d'abord là déjà, si- Ça fait plusieurs fois qu'on me demande ça, parce que je vais de temps en temps faire une prestation- Il y a un endroit où je vais faire une prestation dans une- D'un seul coup je me souviens plus comment s'appelle l'école- Qui est une école qui est dans le nord de Paris là. J'y vais tous les ans. J'y vais tous les ans à la même époque, c'est généralement au mois de mars. Et la dernière fois je leur ai dit- Ecoutez j'en ai marre d'arriver à un moment où il fait vachement frigo, je vais finir un jour par attraper une bronchite à venir vous voir- Je voudrais que vous m'appeliez quand il fait- Au printemps. Alors ils vont m'appeler au printemps cette année. Et alors la première des choses- Alors quel conseil ? Alors la première des choses, il faut que vous appreniez ce qu'est l'injustice. Parce qu'on vit dans un monde complètement injuste. Je veux dire- Alors explication. Je raconte toujours une histoire que j'avais lue dans un bouquin de Lartguy- Je crois que c'était dans "Tout homme est une guerre civile" Où il y avait l'histoire d'un journaliste qui arrive, il donne sa copie au rédacteur en chef, le gars lit le papier, il déchire- C'est vraiment une merde, vous vous foutez de ma gueule, allez me réécrire ça. Alors l'autre réécrit son papelard, il revient. C'est pas possible, vous ne savez plus écrire mon pauvre vieux, c'est de la merde. Grouillez-vous parce qu'on boucle demain matin. Alors le mec il ramène un papelard, il dit- Bah bon, ça ça va. Mais c'est le premier que je vous ai donné. C'est pour vous apprendre ce que c'est que l'injustice. C'est joli, c'est très très joli. Voilà, alors l'injustice pourquoi ? Parce que d'abord déjà, j'en suis l'exemple de l'injustice- Si j'avais pas rencontré Godard je ne serais pas là aujourd'hui. Vrai ou faux ? C'est vrai. Enfin c'est vrai uniquement en partie. Tu n'en sais rien. Toi non plus. Si, mais pratiquement si. Parce que c'est pas avec mes brillants exploits dans "Ramuntcho" et "Pêcheur d'Islande" que- Oui mais tu sais très bien aussi que ce métier est fait de hasards de rencontres. Oui Oui, il est fait de hasards. Je dis simplement, je veux dire c'est exactement comme dans le grand couloir d'"Alphaville" où on voit Eddy Constantine qui pousse toutes les portes à la recherche d'Anna- Je veux dire à un moment donné il faut pousser les portes et rentrer. Des fois je veux dire ça peut donner sur le vide, comme ça peut donner sur autre chose. Comme disait Cocteau- Il y en a qui vont de Paris à Nice en train, ils se font chier pendant tout le voyage et d'autres c'est une véritable partie de plaisir. Bon alors il faut que l'on essaie que ce soit une partie de plaisir, mais ça c'est pas donné à soi. Je veux dire l'injustice elle est- Pourquoi on a laissé pousser cette bon Dieu de porte qui donnait sur le vide. Bon non mais c'est pas ça en plus, ça s'appelle le hasard. C'est vrai que quand on fait les choses c'est pas que le hasard, il faut aussi le pousser un petit peu le hasard et se dire- Bon Jean-Luc- Bon je pense que s'il avait demandé à Decae de faire ça, ça serait sûrement- Il n'aurait pas voulu le faire. Ou il l'aurait fait comme l'histoire que je racontais avec Storaro en voulait absolument avoir de la lumière dans un petit camion. Bon. Mais vous faites un film, je veux dire que ce soit la prise de vue ou le truc- Déjà il faut pas en faire un, il faut en faire plusieurs de films, parce que sinon- Si on n'en fait qu'un- Alors on peut faire partie de la société des- Le syndicat des réalisateurs où on dit- Je suis réalisateur même si on ne l'a pas fait- Il suffit de payer la cotisation. Mais on fait un film, aussi bien soit-il, aussi bien soit-il apprécié par toute la profession. Vous avez un juge qui est complètement imprévisible qui est le public, qui n'y connaît rien au cinéma. Il peut vous dire- Votre film c'est de la merde, et là vous êtes scié- Et ça c'est quand même de l'injustice. Et si par contre si vous êtes un type moyen et que vous faites un film qui ait fait un tabac, c'est sûr que vous allez être reconduit dans vos prestations moyennes. Alors après si on n'est que moyen il faut se remuer le cul pour devenir, pas le meilleur, mais être dans le paquet des meilleurs. Mais c'est quand même je veux dire une injustice- Pourquoi un mec- C'est comme si on avait un tonneau de bon vin et qu'on ne sait pas si on va l'ouvrir ou pas l'ouvrir, on n'en sait rien- Alors là il faut se mettre là-dedans, que c'est vraiment très compliqué de faire du cinéma. Je pense que c'est très compliqué. C'est en cela que je trouve que c'est injuste, parce que c'est pas fait sur les qualités des gens.

French cinematographer, Raoul Coutard (1924-2016) was twice nominated for the César Award for best cinematography which he won in 1978 for 'Le Crabe-tambour'. He made over 75 films and documentaries, including 'À Bout de Souffle', Le Mépris' and 'Band à Part'. He was the most acclaimed French cinematographer of his generation and one of the key figures of the New Wave.

Listeners: Bernard Cohn

Benard Cohn is a French filmmaker and writer, who has directed five films as well as numerous documentaries and television series. As an assistant director, he worked with many important filmmakers, including Luis Buñuel, François Jacob, Otto Preminger and Woody Allen. He was a founding member of the Ciné-Qua-Non cinema club and has acted as editor and translator for various publications on the world of cinema.

Bernard Cohn est un réalisateur et écrivain français, ayant réalisé cinq film ainsi que de nombreux reportages et séries télévisées. En tant qu'assistant réalisateur, il a travaillé avec plusieurs grands cinéastes, notamment Luis Buñuel, François Truffaut, Otto Preminger et Woody Allen. Il fut membre fondateur du ciné-club Ciné-Qua-Non et a participé à la rédaction et traduction en anglais, de plusieurs ouvrages sur le cinéma.

Tags: No peace on earth, Ramuntcho, Jean Larteguy, Cocteau, Storaro

Duration: 4 minutes, 59 seconds

Date story recorded: October 2004

Date story went live: 24 January 2008