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Jean Valère

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Communication
Raoul Coutard Film-maker
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I think that the camaraman needs to ask the essential questions. I mean, well there are things - It's part of the things that are- When you're making films, one the first things to sort out is the communication problem, meaning- How are we going to understand each other? Because I mean we can't explain a film. It's inexplicable since every time we explain one thing there are three quarters of the other things missing, the music is missing, the editing is missing, the sounds are missing, a whole load of things are missing. So I mean it's unimaginable to be able to explain it. So if you want, we're given a screenplay, we read it to know if we want to make the film or not. And if we want to make the film, obviously when we read it we are compelled to create a scenario to imagine how the scenes are going to be done, to get a certain feel for it. So at this point you think- You more or less know how it's going to look, and then when you're faced with the director, all of a sudden, I mean he explains something. And that something he explains, unfortunately doesn't erase what we imagined, it superimposes itself onto it. Meaning that, obviously, there comes a time when inevitably there are things that might differ. And it might be interesting at some point to reposition yourself to think- Well, how do we do this? Do we do this like that or like this in order to get back in tune with the other's ideas. I mean there are ideas that are always complicated because- I mean, we inevitably reach the same result. To give an exaggerated example, when you talk about the night. Three quarters of the time we say- When we're doing night, we always make it a little blue, and it implies that people, we don't know why, will think it's blue. So often the director says- I'm fed up with blue nights, so we're going to do something really not complicated, we do the night black. I want it black, completely black. All right, so we don't see anything? No. So you say- All right, so it's not worth filming, you do a recording of the scene, it's like radio and we put a small piece of blank film and it's black. No, stop kidding around, we're not going to do that, we're still going to light a little. So, we light it a little. Well no, and there's what's his name over there, he's the star so we really need to light him, we need to see his face, for the amount he's costing us. So we light him, we start lighting, and then we have to light the other guy, obviously, so that there isn't one in the light and the other one in the dark. So we light and after a while, the guy says- But actually how do we know it's the night and not the evening? Well we'll do it a little blue. That's it. So I mean it's part of this speech which is always very difficult when it comes to talking about things we want to convey, about things we want to stir up, it's always very complicated. The speech is very complex. So at one point we have to ask questions, questions to reassure ourselves, to know if we're well in tune with what he wants to do. Saying that we can also do something without being bothered by what other people say.
Je pense que le chef opérateur il doit poser des questions qui sont des questions essentielles. Je veux dire, bon il ya des choses- Ça fait partie des choses qui sont- Quand on fait du cinéma, une des premières choses c'est les problèmes de communication, c'est-à-dire- Comment est-ce qu'on fait quand on- Pour se comprendre. Parce que je veux dire on peut pas expliquer un film. C'est inexplicable étant donné qu'à chaque fois qu'on explique quelque chose il manque les trois quarts des autres choses, il manque la musique, il manque le montage, il manque les bruits, tout un tas de choses. Donc je veux dire c'est pas imaginable de pouvoir expliquer. Donc si on veut, on nous donne un scénario, on le lit pour savoir si on a envie de faire le film ou pas. Et si on a envie de faire le film, forcément quand on le lit on est bien obligé de se faire une mise en scène pour imaginer des scènes comment elles vont être faites, pour avoir une certaine idée. Bon à ce moment-là on se dit- On voit à peu près comment ça va faire, et puis quand on se retrouve avec le metteur en scène, d'un seul coup , je veux dire il vous explique quelque chose. Et ce quelque chose qu'il explique, malheureusement n'efface pas ce à quoi on a pensé, ça vient se mettre en superposition. Il arrive forcément un moment donné où forcément il y a peut-être des choses qui peuvent diverger. Et c'est peut-être intéressant à certains moments de se repositionner pour te dire- Tiens, comment est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on fait ça comme ou comme ça pour se recaler par rapport à la pensée de l'autre. Je veux dire il y a des pensées qui sont toujours très compliquées parce que- Je dis par exemple, on arrive forcément à un moment donné au même résultat. Par exemple, pour donner un exemple qui est exagéré, quand on parle de la nuit. Les trois quarts du temps on dit- Quand on fait la nuit, il y a une chose qu'on dit, on fait toujours la nuit, toujours un petit peu bleu, et ça implique que les gens, on ne sait pas pourquoi, vont penser que c'est bleu. Bon alors souvent avec le metteur en scène il dit- Bon j'en ai marre de ces nuits bleues, alors on va faire un truc c'est pas compliqué, la nuit on la fait noire, je la veux noire, toute noire. Bon, alors on voit rien ? Non. Alors tu dis-Bon c'est bien, alors c'est pas la peine de tourner, tu en fais un enregistrement de la scène, c'est comme de la radio et puis on fout un bout de pellicule vierge et puis c'est noir. Non, arrête de déconner, on va pas faire ça, on va quand même éclairer un petit peu. Bon, on éclaire un tout petit peu. Ah non, et puis y'a machin qui est là, c'est la vedette alors il faut quand même qu'on l'éclaire, il faut qu'on voit sa gueule, pour le prix qu'il nous coûte. Alors on l'éclaire, on commence à éclairer, et puis il faut éclairer l'autre, forcément il n'y en a pas un qui peut être dans la lumière et puis l'autre dans le schwartz. Donc on éclaire et au bout d'un moment, le type dit alors-Mais alors finalement comment on sait que c'est la nuit et que c'est pas le soir ? Bah on va faire un peu bleu. Voilà. Alors je veux dire ça fait partie de ce discours qui est toujours très difficile quand il s'agit de parler de choses qu'on veut faire passer, de mayonnaise qu'on veut faire prendre, c'est toujours très compliqué. Le discours est toujours très complexe. Bon on est obligés à un moment donné de poser la question quand même, des questions pour se rassurer, pour savoir si on est bien dans le ton, ce qu'il veut faire. Dire que c'est indispensable, on peut aussi faire un truc en ne s'occupant pas de ce que l'autre raconte.

French cinematographer, Raoul Coutard (1924-2016) was twice nominated for the César Award for best cinematography which he won in 1978 for 'Le Crabe-tambour'. He made over 75 films and documentaries, including 'À Bout de Souffle', Le Mépris' and 'Band à Part'. He was the most acclaimed French cinematographer of his generation and one of the key figures of the New Wave.

Listeners: Bernard Cohn

Benard Cohn is a French filmmaker and writer, who has directed five films as well as numerous documentaries and television series. As an assistant director, he worked with many important filmmakers, including Luis Buñuel, François Jacob, Otto Preminger and Woody Allen. He was a founding member of the Ciné-Qua-Non cinema club and has acted as editor and translator for various publications on the world of cinema.

Bernard Cohn est un réalisateur et écrivain français, ayant réalisé cinq film ainsi que de nombreux reportages et séries télévisées. En tant qu'assistant réalisateur, il a travaillé avec plusieurs grands cinéastes, notamment Luis Buñuel, François Truffaut, Otto Preminger et Woody Allen. Il fut membre fondateur du ciné-club Ciné-Qua-Non et a participé à la rédaction et traduction en anglais, de plusieurs ouvrages sur le cinéma.

Duration: 3 minutes, 44 seconds

Date story recorded: October 2004

Date story went live: 24 January 2008